Le secteur du tourisme est à genoux.FACE A LA CONCURRENCE DES RÉSIDENCES MEUBLÉES

Le secteur du tourisme
sénégalais à genoux
Le secteur du tourisme est à genoux. C’est ce qui ressort des échanges
d’un atelier de partage organisé à Dakar. Les professionnels du tourisme
ont interpelé l’Etat. Ils crient leur ras-le-bol face à une fiscalité insoutenable.
La rencontre axée sur « le numérique et le développement du tourisme
durable », a également permis aux acteurs du secteur de dénoncer un certain
nombre de pratiques informelles qui plombent le tourisme au Sénégal.

L’Organisation mondiale du
tourisme (Omt) conçoit même que
le Sénégal ne respecte pas les
normes internationales. Le président
l’Organisation nationale pour
l’intégration du tourisme séné-
galais, Doudou Gnagna Diop, a
indiqué qu’au niveau de l’accueil,
à l’aéroport, il devait exister un
système pour dénombrer les entrées
et les sorties. Au-delà de ces
problèmes d’organisation qui
cachent des difficultés beaucoup
plus inquiétantes, les professionnels
du tourisme ont décrié la prolifération
des résidences et
maisons meublées qui évoluent
dans l’informel et qui ne paient
pas d’impôt. Avec ce juteux business,
les pertes fiscales de l’Etat
sont énormes. Pendant que les
promoteurs de ces réceptifs non
répertoriés se font de l’argent à
l’absence de toute obligation liée
à leur statut, les hôteliers, qui ont
subi une formation payante, consenti
d’énormes investissement,
recruté un personnel qualifié pris
en charge au niveau des institutions
sociales – l’Ipres et la Caisse
de sécurité sociale – perdent une
bonne partie de leur clientèle et
sont en permanence près de la
ligne rouge du gouffre de la faillite.
A l’agonie, les hôteliers cris
leur désarroi
Les hôteliers dénoncent une concurrence
déloyale et l’indifférence
de l’Etat. Pour cause, les résidences
et appartements meublés
constituent une offre alternative
moins coûteuse à la clientèle en
voyage de travail, ou à la
recherche d’un point d’accueil
pour des vacances réussies. Ici,
l’avantage concurrentiel et le rapport
qualité prix incitent très rapidement
la clientèle à changer
d’option. Que ce soit à Dakar ou
à Mbour sur la petite côte, le
développement des appartements
meublés de manière exponentielle
a fini de soumettre les
hôteliers à une rude concurrence
insoutenable. Dans la capitale,
ces hôteliers clandestins ont
pignon sur rue au niveau de Nord
Foire, aux Almadie, Dakar
Plateau, aux Hlm Grand-Yoff, aux
Maristes etc. Même au niveau de
la station balnéaire de Saly Portudal,
s’offusque ce professionnel
de l’hôtellerie, au-delà du
phénomène des appartements,
les hôteliers doivent aussi composer
avec les résidences
meublées. « Nous, ce qu’on dé-
plore, c’est que des gens exercent
d’abord une profession qui n’est
pas la leur et pratiquent des politiques
de prix défiant toute concurrence.
C’est là où c’est
malsain. La concurrence, c’est
une compétition et cela ne nous
pose pas problème. Ce qu’il y a,
c’est qu’il faut une compétition
avec des règles imposables à tout
le monde. C’est une compétition
malsaine et déloyale que des
gens construisent des villas et
autres immeubles à usage d’habitation
et finissent par pratiquer
des prix d’hôtels », se plaint ce
dernier.
Business de grosses pontes
Quid de l’indifférence des autorités
étatiques ? En réalité,
martèlent les hôteliers, si l’Etat ne
réagi pas, c’est à cause de l’implication
de grosses pontes dans ce
business illégal, injuste et injustifié
dans un contexte où l’on ne cesse
de chanter la bonne gouvernance.
En vérité, « les appartements et
maisons meublés, concurrents,
appartiennent à des personnalités
étatiques ou influentes à la pé-
riphérie du système » qui se font
de l’argent. Les rares fois que les
autorités étatiques sont intervenues
pour s’attaquer à cette pratique
malsaine, c’est lorsqu’il y a
eu des crimes dans ces lieux de
débauche. Et par la suite, la
clameur s’estompe avec les actions
à effet d’annonce des autorités.

Aussi dans la République en
marche au Sénégal, M. Diop
pense que notre pays devait
relever le niveau de sa qualité en
termes de prestations touristiques.
« Sur une certaine classification
de la station balnéaire de
Saly, aujourd’hui, on doit parler de
ville touristique plutôt que d’autre
chose. Parce que dans une station
balnéaire on ne peut pas
avoir des vulcanisateurs, un certain
nombre de nuisances et de
fréquentations, par exemple les
talibés qui sont partout devant les
hôtels», dit-il.
Assises nationales du tourisme
Durant la rencontre organisée par
Christian Langa Langa de la «
République en marche », les professionnels
ont dénoncés autant
de difficultés qu’il faut revoir les
fondamentaux de ce secteur
touristique. Ils considèrent que le
gouvernement est en train de faire
des progrès qui contribuent à faire
avancer le secteur mais au niveau
de la sécurité, de l’hygiène et
dans la manière de promouvoir le
produit sénégalais, de gros efforts
restent à faire. Acculés, asphyxiés
par l’offre informelle et la pression
fiscale, les acteurs du tourisme invitent
le gouvernement à provoquer
des assises nationales du
tourisme pour pouvoir recueillir
toutes les idées pertinentes à travers
le pays. «Le Sénégal regorge
de personnes ressources compé-
tentes mais la communication, le
dialogue ne sont pas cultivés,
parce que tout simplement, il n’y
a pas un cadre qui réunit les différentes
parties prenantes, aussi
bien le public que le privée », regrettent-ils.
Selon eux, quand on
parle de privé, ce n’est pas dans
sa globalité mais dans une frange,
alors que derrière, il y a l’autre
frange aussi qui est là avec ses
compétences. Ils ont beaucoup
insisté pour qu’il y ait des assises
du tourisme « depuis une quinzaine
d’années sans jamais être
écoutés.» Aujourd’hui, ils disent
avoir encore le courage de parler
du tourisme et de voir aussi comment
on peut régler cette affaire
d’assises du tourisme, pour repartir
sur de bonnes bases avec de
bonnes résolutions qui pourront
permettre de faire développer un
tourisme progressif.
Ch. Seck NDONG

 

 

 

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